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mardi 29 mars 2016

Nooruse Aeg ( Le temps de la jeunesse) , un poème de Gustav SUITS



Gustav SUITS  (Võnnu 30 novembre 1883 – Stockholm 23 mai 1956) est l'un des plus grands poètes estoniens .
Cofondateur du groupe Noor-Eesti et promoteur dans son pays d'un modernisme influencé par le symbolisme européen, il exprima avec vigueur l'enthousiasme révolutionnaire de sa génération (le Feu de la vie, 1905), cultiva ensuite un lyrisme plus sombre et mélancolique (le Pays des vents, 1913), puis refléta les événements de son époque dans des poèmes engagés de facture expressionniste (Tout n'est qu'un songe, 1922). Ayant choisi d'émigrer en 1944, il exhala dans ses derniers vers sa nostalgie d'exilé et l'amertume causée par le destin tragique de l'Estonie (le Feu et le vent, 1950).


NOORUSE AEG
Aeg antud naerda, aeg antud nutta,
aeg antud pisaraid pühkida.
Aeg seatud elada, aeg seatud surra,
aeg musta mulla all magada.
Kuid mis on nooruse aeg ?
Ei ole see paastuda, ei ole see paluda,
ei vaimu närides närtsida :
see aeg on õitseda, aeg õnne maitseda —
ja armsa kaela ümber hakata.

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LE TEMPS DE LA JEUNESSE

Il y a le temps de rire et celui de pleurer,
le temps pour essuyer ses larmes.
Le temps fixé pour vivre et pour mourir,
et le temps pour dormir sous la terre noire.
Mais quel est le temps de la jeunesse ?
Ce n’est pas celui de jeûner ni de supplier,
ni de se faner en se fatiguant l’âme :
c’est le temps de fleurir, de goûter le bonheur 
et de s’accrocher au cou d’un être aimé.


Traduit de l’estonien par Antoine Chalvin



Sources
https://en.wikipedia.org/wiki/Gustav_Suits

http://www.litterature-estonienne.com/

jeudi 17 mars 2016

17 mars : Saint Patrick's Day



Le patron de tous les Irlandais est en fait né au Pays de Galles, à la fin de l'époque romaine, dans les années 380.
Enlevé par des pirates Scots (nom porté par les Irlandais au Moyen Âge, à ne pas confondre avec les Écossais), l'enfant est emmené en esclavage en Irlande où il devient gardien de cochons sur les pentes du mont Slemish, dans le comté d'Antrim. Il réussit à s'évader, retrouve ses parents puis gagne la Gaule. À Auxerre, auprès de l'évêque Germain, il reçoit la prêtrise.
Patrick obtient de revenir en Irlande pour convertir les païens. Il embarque pour l'île avec le titre d'évêque, avec quelques compagnons. Le trèfle à trois feuilles lui permet d'expliquer le mystère de la Trinité (trois Personnes - le Père, le Fils et l'Esprit-Saint - en un seul Dieu). La plante deviendra le symbole de l'île.
Infatigable dans son apostolat, Patrick doit affronter de nombreuses résistances, notamment celle des druides. Il meurt vers 461, à plus de 80 ans, sur la terre de Dichn où son tombeau devient aussitôt un lieu de pèlerinage.
Depuis lors, chaque année, le 17 mars, jour de sa fête, les Irlandais du monde entier ne manquent pas de célébrer sa mémoire... avec force chopines.



Vœux de la Saint Patrick

Puissiez-vous avoir
Une maison contre le vent
Un toit contre la pluie
L'amour d'une famille unie

Puissiez-vous toujours être entourés
De gens joyeux et d'éclats de rire
De tous ceux que vous aimez
Puissiez-vous avoir
Tout ce que votre coeur désire.



On associe le vert à la Saint Patrick, parce que c'est la couleur du printemps
et du trèfle, emblème de l'Irlande.
On dit que trouver un trèfle à 4 feuilles porte chance.
Une vieille légende dit également qu'il peut rompre le charme d'un mauvais esprit.
La tradition veut que l'on soit vêtu de vert pour fêter la Saint Patrick,
A certains endroits, les élèves peuvent pincer leur professeur,
si celui-ci n'est pas habillé de vert en cette journée. 



Sources :
http://www.coindespetits.com/stpatrick/stpatrick.html
http://www.herodote.net/almanach/jour.php?ID=2551




Paysages d'Irlande, sous le soleil ou les nuages, pour fêter cette St Patrick au son des musiques celtiques des 'Churfitters', de Carlos Nunez, et de Didier Squiban.

jeudi 10 mars 2016

14 mars en Estonie : anniversaire de Kristjan Jaak Peterson et Journée de la langue estonienne

 Kristjan Jaak Peterson Monument, Tartu, Estonia


Les drapeaux estoniens vont être une nouvelle fois sortis le 14 Mars pour célébrer la journée de la langue estonienne.

Parlée par environ 1,1 million de personnes, dont 950 000 vivant en Estonie, l’estonien est une langue de la branche fennique des langues finno-ougriennes. Ce groupe rassemble environ 40 langues parlées par plus de 20 millions de personnes dont les origines, il y a plusieurs milliers d’années, se situeraient dans le sud-est de l’Europe (autour des montagnes de l’Oural). Elle se rapproche du finnois et plus lointainement du hongrois.


Qui est Kristjan Jaak Peterson ? 


La figure tragique de de Kristjan Jaak Peterson (1801–1822) , emporté par la tuberculose à l’âge de vingt et un ans, ouvre l’histoire de la poésie estonienne moderne.
 Troisième enfant d’une nombreuse famille, il naît le 14 mars 1801 à Riga, où son père, originaire d’Estonie du sud, occupe la fonction de servant d’église. Il fait des études brillantes au lycée de Riga (1815-1818), où il se nourrit de littérature classique et cultive ses dons exceptionnels pour les langues. En janvier 1819, il entre à l’université de Tartu pour y étudier la théologie. Mais, insatisfait et peu désireux de se consacrer au pastorat, il s’oriente bientôt vers la philologie et la philosophie. Au printemps de 1820, il interrompt brusquement ses études, peut-être en raison de difficultés financières, peut-être aussi parce que son esprit indépendant et sa vaste intelligence se rebellent contre l’enseignement académique. Il retourne habiter Riga, où il mène durant deux ans une existence un peu bohème, vivant de leçons particulières et glissant lentement sur la pente de la boisson et de la maladie. Il meurt le 4 août 1822, laissant derrière lui quelques manuscrits qui témoignent de son génie précoce et singulier.
Son œuvre littéraire se réduit à peu de choses : une vingtaine de poèmes en estonien, écrits pour la plupart pendant ses années de lycée, un journal intellectuel, premier exemple de prose philosophique estonienne, et trois poèmes en allemand, publiés en 1823 dans une revue de Leipzig et redécouverts en 1961.
À un rationalisme hérité des Lumières, ses poèmes allient un sentiment de la nature dans lequel on perçoit l’influence de Klopstock et des pré-romantiques allemands. Dans ses odes philosophiques, Peterson proclame la grandeur de Dieu, mais surtout celle de l’esprit humain, créé à Son image et éternel comme Lui. Il y célèbre avec optimisme la raison, l’amitié, la beauté féminine, l’espoir, soulignant ses idées par des descriptions d’une nature grandiose et majestueuse (vallées rocheuses, brumes, cascades…). À ces images à la Caspar David Friedrich, caractéristiques de ses odes, répondent, dans ses pastorales dialoguées, des évocations paisibles de modestes paysages estoniens où chantent des bergers mélancoliques. Romantique, Peterson l’est aussi par son attachement au “peuple des campagnes” et à sa langue, qu’il exalte en des vers au ton prophétique.
Si ses pastorales sont écrites dans un mètre régulier, inspiré par celui des chansons populaires estoniennes, les vers de ses odes semblent n’obéir à aucune contrainte métrique, de sorte que certains historiens de la littérature n’ont pas hésité à les caractériser comme des “vers libres”. Voir en Kristjan Jaak Peterson un adepte du vers libre, au sens actuel du terme, est probablement excessif. Les faibles écarts de longueur entre ses vers (jamais plus de deux ou trois syllabes) et la répétition fréquente de certains schèmes accentuels contribuent en effet à créer, à l’écoute, l’impression d’une certaine régularité rythmique, même si celle-ci ne se laisse pas rigoureusement définir. Il n’en demeure pas moins que, dans ses odes en estonien (langue encore largement “innocente” en tant que véhicule de la poésie lettrée), Kristjan Jaak Peterson apparaît comme l’un des premiers poètes européens à s’être émancipé des règles de la versification (suivant en cela la voie ouverte par Klopstock avec ses “rythmes libres”).
Par leur liberté formelle et leur lyrisme, ces poèmes dépassaient de façon si radicale les écrits didactiques qui tenaient lieu alors de “littérature” estonienne qu’ils ne furent pas compris par ceux qui auraient pu les publier. Inconnu en son temps comme poète, Peterson exerça toutefois une influence sur la littérature ultérieure par l’intermédiaire de sa traduction allemande de la Mythologia Fennica du Finlandais Christfried Ganander. Estimant que la mythologie finnoise devait permettre de reconstituer la mythologie estonienne, il ajouta en effet à l’ouvrage des développements personnels sur les dieux des Anciens Estoniens, posant ainsi les premières pierres d’une pseudo-mythologie que d’autres se chargèrent ensuite de compléter et qui joua un rôle important dans le développement de la culture estonienne (inspirant notamment Friedrich Reinhold Kreutzwald pour la rédaction de l’épopée nationale Kalevipoeg).
Oubliés dans les archives, ses poèmes n’ont été découverts et publiés qu’au début de notre siècle grâce aux écrivains néo-romantiques du groupe Noor-Eesti (“Jeune-Estonie”). Ce sont eux (et en particulier leur chef de file, le poète Gustav Suits) qui ont donné à Kristjan Jaak Peterson sa véritable place : celle d’un “précurseur” de génie, qui pressent et annonce, dans l’indifférence absolue de son époque, la naissance de la littérature estonienne.



 


Sources
http://en.wikipedia.org/wiki/Kristjan_Jaak_Peterson
http://fr.wikipedia.org/wiki/Kristjan_Jaak_Peterson
http://www.estonie-tallinn.com/2011/03/14-mars-anniversaire-de-kristjan-jaak.html



jeudi 3 mars 2016

27 février-6 mars 1943 : ces femmes courageuses de la Rosenstraße



La Rosenstraße (la rue des roses) est le nom d'une rue de Berlin, qui vit à partir du 27 février 1943 jusqu'au 6 mars 1943 une importante manifestation d'épouses allemandes à la suite de l'arrestation de leurs maris et enfants de croyance juive. La manifestation conduisit à la libération des maris et enfants arrêtés.

Le 27 février 1943, les nazis raflent à Berlin les derniers Juifs de la ville. Il s'agit pour la plupart d'hommes mariés à des femmes de souche «aryenne», autrement dit «de bonne race allemande». Plusieurs centaines attendent dans un bâtiment de la Rosenstraße d'être déportés dans un camp d'extermination. Mais leurs épouses vont obliger le pouvoir à faire marche arrière.

Des Allemands face à l'horreur
 
À la veille de ce drame, la plupart des Juifs encore présents en Allemagne au début de la Seconde Guerre mondiale ont déjà été déportés dans des camps d'extermination dans le cadre de la Solution finale mise au point par Hitler et ses sbires.
Seuls ceux mariés à des non-juifs - en allemand, les Mischehen - ont été provisoirement épargnés, ainsi que leurs enfants - les Mischlinge. Ils sont au nombre de 20.000 environ, dont la moitié à Berlin. Dépouillés de l'essentiel de leurs biens et chassés de leur profession, ils sont astreints aux travaux forcés dans des usines de munitions.
L'administration nazie est gênée dans son œuvre de mort par les liens affectifs qui rattachent ces juifs aux autres Allemands. Elle s'efforce par tous les moyens de persuader les conjoints non-juifs de demander le divorce et dans ce cas, le conjoint délaissé ne tarde pas à être arrêté et déporté. Mais relativement rares sont les couples qui acceptent ainsi de se séparer.
Cependant, le 31 janvier 1943, les Allemands essuient à Stalingrad une cuisante défaite et le 13 février 1943, à Berlin, devant une foule hystérique, le ministre de la propagande Joseph Goebbels proclame la «guerre totale». Pour Hitler, il n'est plus question d'épargner les derniers Juifs allemands. C'est ainsi que le 27 février 1943, la garde personnelle du Führer arrête les Juifs sur leurs lieux de travail par centaines cependant que des hommes de la sinistre Gestapo (la police politique) se rendent à leur domicile et enlèvent leurs enfants.
Les malheureux sont conduits dans cinq centres de détention au coeur de Berlin. L'un d'eux est situé au 2-4, Rosenstraße (rue des roses). Le bâtiment est à deux pas de la Burgstraße, une rue où se trouve le quartier général de la Gestapo pour les affaires juives.
Le soir, des épouses constatant l'absence de leur mari se rendent devant le centre de détention. Le lendemain, un dimanche, jour chômé, elles sont plusieurs centaines qui crient devant la façade: «Rendez-nous nos maris!» Leurs maris, à travers les murs, leur répondent comme ils peuvent. La manifestation se prolonge les jours suivants et même après la tombée de la nuit, malgré un froid glacial. Elle rassemble par moments plusieurs centaines de personnes dont quelques hommes.
La Gestapo, rapidement alertée, fait intervenir la police. Mais à peine les policiers dispersent-ils le groupe que celui-ci se reconstitue aussitôt. Une brigade SS est appelée à la rescousse. Elle menace de mitrailler les manifestants mais la détermination de ceux-ci ne faiblit pas. Enfin, au bout d'une semaine, Goebbels, de guerre lasse, se résigne à suspendre la rafle des Mischehen.
À partir du 6 mars, les détenus du 2-4, Rosenstraße sont autorisés à rejoindre leur famille.


Bibliographie
Cet épisode peu connu des persécutions antisémites montre que les citoyens allemands pouvaient faire fléchir les nazis et freiner le génocide juif... sous réserve de le vouloir vraiment.
Il a fait l'objet d'un film remarquable : Rosenstraße
On peut lire sur la résistance civile au nazisme le livre très bien documenté de Jacques Semelin : "Sans armes face à Hitler, la résistance civile en Europe 1939-1943" (préface de Jean-Pierre Azéma, Bibliothèque historique Payot, 1989, 270 pages).
De ce livre est tiré le récit ci-dessus.
André Larané


Sources :
http://www.herodote.net/histoire/evenement.php?jour=19430227
http://fr.wikipedia.org/wiki/Rosenstra%C3%9Fe