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mardi 23 août 2022

23 Août 1989 - 23 Août 2021 : 32 ème anniversaire de la Voie Balte ( Balti Kett en estonien, Baltic Way ou Baltic Chain en anglais)





"La Voie balte-trois pays main dans la main"
Estonie - Lettonie - Lituanie
 
23 août 1989







Le 23 Août 1989 ,près de deux millions de Baltes (sur environ 7 millions) - Estoniens ,Lettons ,Lituaniens - se tenant par la main ,ont surpris le monde en formant une impressionnante chaîne humaine de 600 km de long , traversant les trois États baltes ,depuis la tour de Toompea à Tallinn (Estonie) jusqu'au pied de la Tour Gediminas à Vilnius (Lituanie), en passant par Riga (Lettonie) .

Cette chaîne humaine était leur manière de "commémorer" le 50ème anniversaire du pacte Molotov-Ribbentrop. 
Ils exigeaient conjointement la reconnaissance des clauses secrètes du pacte Molotov-Ribbentrop et le rétablissement de l'Indépendance des États baltes.

Cette chaîne humaine était donc leur façon d'exprimer la condamnation de ce pacte ,et leur immense espoir en l'avenir ,l'espoir de retrouver leur Indépendance et leur Liberté .

La Voie balte est un phénomène qui a montré comment trois petits pays - les États Baltes - indépendamment de leurs caractéristiques nationales individuelles uniques, ont su créer une synergie interculturelle ,à la fois à l'intérieur de chaque État mais aussi entre les trois États baltes au nom d'un objectif commun - surmonter les conséquences de la Seconde Guerre mondiale et détruire les régimes totalitaires.

La Voie balte est un symbole historique qui est vivant dans la mémoire collective, enrichissant la compréhension du sens et des valeurs de la solidarité et de la liberté d'expression.






Itinéraire de la Voie Balte  




La Voie balte ,une chaîne humaine 
liant trois États sur un même chemin vers la liberté















Qu'est ce que le pacte Molotov-Ribbentrop ?
 
Le pacte Molotov-Ribbentrop (Traité de non-agression entre l'Allemagne et l'Union des républiques socialistes soviétiques) fut signé le 23 Août 1939 à Moscou par Viatcheslav Molotov et Joachim von Ribbentrop ,respectivement ministres des Affaires étrangères de l'Union soviétique et de l'Allemagne nazie .

Ce pacte ,accord de non agression incluant un protocole secret ,définissait aussi une répartition des sphères d'influences de l'Allemagne et de l'URSS dans les pays les séparant. Il fut rompu de facto le 22 juin 1941, lorsque l'Allemagne nazie envahit l'URSS , conduisant à l'occupation et à l'annexion des trois États baltes -

Ce n'est que le 23 août 1988 que le contenu secret de cet accord a été rendu public .
Une année plus tard ,le 23 août 1989 ,un rassemblement massif est organisé par les mouvements nationaux des trois pays baltes : le Front populaire d'Estonie (Rahvarinne), le Front populaire de Lettonie (Tautas fronte),et le mouvement réformateur de Lituanie (Sajudis).

C'est ainsi qu'est née la Voie Balte , remarquable acte de solidarité qui a suscité beaucoup d'attention à travers le monde , ce 23 août 1989 ! 
Une telle mobilisation ne s'était encore jamais vue nulle part !
La Voie Balte a montré que les trois États baltes ,indépendamment de leur identité nationale propre ,pouvaient unir leurs forces pour trouver le chemin de la Liberté .




Monument to the Baltic Way in Estonia


L'impressionnante chaîne humaine ,associée à la pression internationale grandissante en faveur de la révélation de la vérité historique ,a donné une impulsion décisive au rétablissement de l'indépendance nationale de l'Estonie ,de la Lettonie et de la Lituanie ,encourageant dans le même temps les mouvements démocratiques dans toute l'ancienne Union soviétique .
Peu après (février-mars 1991), des référendums officiels sont organisés, montrant la forte mobilisation des Baltes pour leur indépendance : 90% en Lituanie, 77% en Estonie et 73% en Lettonie.
L'échec du putsch soviétique d'août 1991 - où la ligne dure des communistes ne parvient pas à prendre le pouvoir - permet aux pays baltes de déclarer leur indépendance politique, que de nombreux pays occidentaux s'empressent de reconnaître.
Ayant perdu toute marge de manœuvre, Moscou se voit obligé de suivre le mouvement et reconnaît leur indépendance le 4 septembre 1991, trois mois avant que ne disparaisse l'Union Soviétique. 


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Le patrimoine documentaire de "La Voie Balte", 
d’une exceptionnelle valeur, a été classé au registre "Mémoire du monde" de l’UNESCO le 30 Juillet 2009.

Des documents importants et soigneusement sélectionnés reflètent l'histoire des 600 km d’une longue chaîne humaine le 23 août 1989 - le 50ème anniversaire du pacte germano-soviétique de non-agression de 1939 et son protocole secret. Ce fut une manifestation unique et pacifique qui a uni les trois pays dans leur marche pour la liberté.




Vidéo "Mémoire du monde-UNESCO"



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Un autre article intéressant sur le blog d' ESTONIE-TALLINN :





Vidéos de la Voie Balte 






lundi 1 août 2022

1er Août , Fête Nationale suisse




Les origines de la Fête Nationale Suisse

 

La fête nationale Suisse commémore un traité d'alliance passé au début du mois d'août 1291 entre "les hommes de la vallée d'Uri, la communauté de Schwytz et celle des hommes de la vallée inférieure d'Unterwald". Ce traité est considéré comme le début officiel de la Confédération Suisse, même si les structures de la Suisse actuelle ont été posées en 1848. Le 1er août, décrété fête nationale, est donc un jour férié dans toute la Suisse. Les festivités sont ponctuées par un grand feu de joie, des cortèges aux lampions et bien entendu, des feux d'artifices. 



  


La Suisse et ses habitants 

La Suisse est un pays frontalier avec l'Italie, la France, l'Allemagne, l'Autriche et le Liechtenstein. Sept millions de Suisses y vivent, dont la majorité parlent le suisse allemand. Environ 20 % des Suisses parlent le français. L'italien et le romanche sont également des langues parlées par environ 10% de la population suisse. 
La devise de la Suisse, "Un pour tous, tous pour un", en latin "Unus pro omnibus, omnes pro uno", est étroitement liée à l'histoire de la Suisse. En 1868, des inondations affectent les populations des Alpes et cette devise est alors lancée par les autorités suisses afin de susciter des manifestations de solidarité envers les sinistrés.






L'hymne national suisse
L'hymne officiel de la Suisse est le Cantique suisse (paroles de Leonhard Widmer, musique de Alberich Zwyssig).







Paroles de l'hymne national suisse

Sur nos monts, quand le soleil
Annonce un brillant réveil,
Et prédit d'un plus beau jour le retour,
Les beautés de la patrie
Parlent à l'âme attendrie;
Au ciel montent plus joyeux
Les accents d'un cœur pieux,
Les accents émus d'un cœur pieux.

Lorsqu'un doux rayon du soir
Joue encore dans le bois noir,
Le cœur se sent plus heureux près de Dieu.
Loin des vains bruits de la plaine,
L'âme en paix est plus sereine,
Au ciel montent plus joyeux
Les accents d'un cœur pieux,
Les accents émus d'un cœur pieux

Lorsque dans la sombre nuit
La foudre éclate avec bruit,
Notre cœur pressent encore le Dieu fort;
Dans l'orage et la détresse
Il est notre forteresse;
Offrons-lui des cœurs pieux:
Dieu nous bénira des cieux,
Dieu nous bénira du haut des cieux.

Des grands monts vient le secours;
Suisse, espère en Dieu toujours !
Garde la foi des aïeux, Vis comme eux !
Sur l'autel de la patrie
Mets tes biens, ton cœur, ta vie!
C'est le trésor précieux
Que Dieu bénira des cieux,
Que Dieu bénira du haut des cieux.


 Pour compléter ce post , lire ou relire celui du 1er août 2009 :  
http://blog-dazur.blogspot.com/2009/08/aujourdhui-1er-aout-fete-nationale.html 











jeudi 14 juillet 2022

"Le 14 Juillet pour les nuls" ou que commémore-t-on exactement pour notre Fête Nationale ?

 

14 juillet : Fête Nationale française
ou
le 14 Juillet 1790 

Quand je pense au 14 juillet , je ne peux m'empêcher de me rappeler ce que m'avait raconté mon père il y a bien longtemps (dans les années 80 ) .
Le journal régional de la région Poitou-Charentes ,qui s'appelait FR3 à l'époque , avait fait un reportage la veille du 14 juillet , interrogeant la population sur ce que représentait pour eux le 14 juillet . Mon père avait entendu certains répondre (plutôt des jeunes ) qu'ils ne savaient pas ou avaient oublié . D'autres disaient que c'était la Fête Nationale ,mais n'en connaissaient pas l'origine .
C'est pour cette raison que j'ai décidé d'intituler ce billet le "14 juillet pour les nuls" , car je me dis qu'il y a certainement encore quelques personnes qui ne savent pas l'origine exacte du 14 juillet ... ou qui l'ont oubliée .

Voici donc l'Histoire , car c'est bien de notre Histoire de France qu'il s'agit . J'ai trouvé ces quelques lignes en recherchant des éléments sur cette période très importante de notre Histoire de France :

"Le 14 juillet , on ne commémore pas ,comme certains le pensent la prise de la Bastille : la République célèbre la Première Fête de la Fédération, qui eut lieu le 14 juillet 1790.
La Fête de la Fédération eut lieu le 14 juillet 1790, pendant la Révolution française, un an jour pour jour après la prise de la Bastille. Les fédérés défilèrent avec leurs tambours et leurs drapeaux ; ils étaient 100 000, y compris ceux de Paris. Les Parisiens prirent place sur les talus que l’on avait élevés autour de l’esplanade. Louis XVI arriva de Saint-Cloud et prit place dans le pavillon dressé devant l’École militaire. La participation de la foule fut immense, très enthousiaste, malgré le mauvais temps. La messe est célébrée par Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, évêque d’Autun. La Fayette, en grand uniforme, arriva sur un cheval blanc et monta sur l’estrade. Louis XVI prêta serment à la Nation et à la loi, la multitude le répéta et l’on entonna un Te Deum , puis on se sépara au milieu des embrassements et des vivats dont beaucoup s’adressaient à Louis XVI.
C’est le 6 juillet 1880 que le 14 juillet devint officiellement jour de la Fête nationale française, sur proposition du député Benjamin Raspail, en mémoire de la fête de la fédération. »

Quant à la prise de la Bastille, les historiens de tous bords s’accordent sur un point : elle fut tout sauf glorieuse.

Ci-dessous, un article très intéressant ,dont je ne retrouve pas la source : 
"Contrairement à ce que croit la majorité des Français, le 14 juillet n’est pas la fête de la France. En choisissant cette date anniversaire de la prise ou, plus exactement, de la "surprise "de la Bastille, le Nouveau Régime ne fête que son imposture originelle. Il célèbre une falsification historique. Il glorifie un crime de guerre civile.
La Bastille n’était pas le symbole de l’oppression royale qu’en ont fait les historiens de la République. Elle servait peu, et rarement contre le peuple. De 1782 à 1789 on n’y compta, en moyenne, que douze prisonniers par an, tous ou presque nobles ou bourgeois. Le 14 juillet 1789, il ne s’en trouvait que sept : quatre escrocs à la fausse lettre de change ; un Irlandais enfermé pour démence depuis sept ans ; un autre fou, embastillé depuis 1759, et le comte de Soulages que son père fit incarcérer pour « crimes atroces et notoires ».
A l’origine, la Bastille était une des portes de Paris, la porte Saint-Antoine, chargées de défendre la ville. Huit tours rondes, hautes de quatre et cinq étages, en faisaient une forteresse. Devenue prison, elle conserva son gouverneur et sa garnison. En 1789, celle-ci était forte de 127 hommes, occupés surtout aux services. Quinze canons, placés au faîte des tours, servaient à tirer des salves et ne pouvaient braquer en bas. Placées à l’entrée, trois pièces de campagne rappelaient la vocation première de la Bastille. Enfin, la troupe disposait de douze fusils de rempart, du modèle dit « amusettes du comte de Saxe» , dont six avaient rendu l’âme. Bref, rien qui pût inspirer une haine farouche entraînant l’insurrection.
La Bastille comptait si peu dans le système répressif du gouvernement du roi que sa démolition était décidée. Le sieur Corbet, inspecteur de la Ville de Paris, avait déjà dressé le plan de la place Louis XVI qui devait lui succéder. On peut le voir au musée Carnavalet.
Lors de l’assaut dont l’héroïsme continue, après deux siècles, à faire l’admiration des foules, la puissance de feu de la garnison ne s’exprima que par un seul coup de canon. Il n’y eut pratiquement pas de combat. Beaucoup d’assaillants succombèrent en tombant dans les fossés, poussés par l’enthousiasme et la boisson. D’autres se tuèrent par maladresse. La Bastille se rendit quand les canons de l’émeute furent pointés sur la porte d’entrée. Croyant à la promesse qu’il ne serait fait aucun mal à la garnison, M. de Launay, le gouverneur, donna les clés du petit pont-levis.
Aussitôt c’est la ruée. La populace envahit la cour intérieure. Deux invalides – soldats que l’âge et les blessures avaient rendu inaptes aux armes – sont tués. L’un est transpercé de coups de sabres et de piques. L’autre est pendu. Trois officiers sont assassinés. Dans le mouvement, la meute hurlante entraîne M. de Launay vers l’Hôtel de Ville. J’ai toujours une pensée émue pour lui quand je vais manger des solettes et boire une bouteille de chablis au « Dôme Bastille» . C’est à qui lui portera des coups de poings, de pieds, de bâtons, de crosses, de piques. Le malheureux perd son sang par vingt blessures. Le sang excite toujours la canaille. Un patriote, encore plus patriote que les autres, prend son courage à deux mains. Il lui décolle la tête du tronc, l’embroche à la pointe d’une pique et la montre à la foule, dans les clameurs.
Trois jours durant, la tête de ce pauvre M. de Launay fut promenée dans Paris, au-dessus d’un écriteau où l’on pouvait lire « M. de Launay, gouverneur de la Bastille, traître et parjure au Peuple» . En 1989, au cours des festivals du Bicentenaire, on se demande pourquoi nous n’avons pas eu droit à la reconstitution de cet épisode. Les intermittents du spectacle n’auraient pas fait grève. En émeutiers, ils auraient montré une sincérité bouleversante.
Convenons cependant qu’il n’y avait pas de quoi faire une fête nationale."
 






Bon 14 juillet à tous !












mercredi 29 juin 2022

A droite de la résistance - par Giorgio AGAMBEN

Le philosophe Giorgio Agamben a réagi aux mesures attentatoires aux libertés prises à l'occasion du Covid non seulement par ses prises de position mais aussi par une élaboration théorique : elles sont à situer dans un cadre plus large, celui d'un état d'exception permanent qui mène au totalitarisme, et de la "vie nue" (l'Etat ne considère plus les hommes comme des citoyens mais comme des corps aux besoins strictement matériels).




"Je vais essayer de partager avec vous quelques réflexions sur la résistance et sur la guerre civile (1). Il est inutile de rappeler qu’un droit de résistance existe déjà dans le monde antique, qui connaît une tradition d’éloges du tyrannicide, et au Moyen-Age. Thomas d’Aquin a résumé la position de la théologie scolastique dans le principe selon lequel le régime tyrannique, dans la mesure où il substitue au bien commun l’intérêt d’une partie, ne peut être justum. La résistance – Thomas dit la perturbatio – contre ce régime n’est donc pas une seditio.

Il va de soi que le sujet comporte nécessairement une dose d’ambiguïté en ce qui concerne la définition du caractère tyrannique d’un régime donné ; en témoignent les précautions de Bartolo qui, dans son Traité sur les Guelfes et les Gibelins, distingue un tyran ex defectu tituli [par défaut de titre légitime] d’un tyran ex parte exercitii [du fait de son exercice du pouvoir], mais il a ensuite du mal à identifier une justa causa resistendi.

Cette ambiguïté réapparaît dans les discussions de 1947 sur l’inscription d’un droit de résistance dans la Constitution italienne. Dossetti avait proposé, comme vous le savez, de faire figurer dans le texte un article disant : « La résistance individuelle et collective aux actes du pouvoir public qui violent les libertés fondamentales et les droits garantis par cette Constitution est un droit et un devoir des citoyens. »

Ce texte, qui avait même été soutenu par Aldo Moro, ne fut pas inséré, et Meuccio Ruini, qui présidait la Commission dite des 75, qui devait préparer le texte de la Constitution, et qui, quelques années après, devait, comme président du Sénat, se distinguer par la façon dont il chercha à empêcher la discussion parlementaire sur ce qu’on a appelé la « loi escroquerie » (2), préféra renvoyer la décision au vote de l’Assemblée, qu’il savait devoir être négatif.

On ne peut toutefois nier que les hésitations et objections des juristes – parmi lesquels Costantino Mortati – n’étaient pas dénuées d’arguments, lorsqu’ils faisaient remarquer qu’on ne peut réguler juridiquement le rapport entre droit positif et révolution. C’est le problème que Carl Schmitt, à propos de la figure du partisan, si importante à l’époque moderne, définissait comme le problème de la « réglementation de l’irrégulier ». Curieusement, les juristes parlaient de rapport entre droit positif et « révolution » : il m’aurait semblé plus approprié de parler de « guerre civile ». De fait, comment tracer une limite entre droit de résistance et guerre civile ? La guerre civile n’est-elle pas l’issue inévitable d’un droit de résistance compris de façon sérieuse ?

L’hypothèse que j’ai l’intention de proposer aujourd’hui est que cette façon de poser le problème de la résistance laisse échapper l’essentiel, c’est-à-dire une mutation radicale concernant la nature même de l’État moderne – c’est-à-dire, pour nous comprendre, de l’État post-napoléonien. On ne peut pas parler de résistance, si l’on ne réfléchit pas d’abord à cette transformation.

Le droit public européen est essentiellement un droit de guerre. L’État moderne se définit non seulement, en général, par son monopole de la violence, mais, plus concrètement, par son monopole du jus belli [droit de la guerre]. L’État ne peut renoncer à ce droit, même au prix, comme nous le voyons aujourd’hui, d’inventions de nouvelles formes de guerre.

Le jus belli n’est pas seulement le droit de faire et de conduire des guerres, mais aussi celui de réguler juridiquement la conduite de la guerre. Il distinguait ainsi entre état de guerre et état de paix, entre ennemi public et délinquant, entre population civile et armée combattante, entre soldat et partisan.

Aujourd’hui nous savons que justement ces caractères essentiels du jus belli ont depuis longtemps disparu, et mon hypothèse c’est précisément que cela implique un changement tout aussi essentiel dans la nature de l’État.

Au cours de la Deuxième Guerre mondiale, la distinction entre population civile et armée combattante s’était déjà progressivement effacée.

Un signe de ce fait, c’est que les Conventions de Genève de 1949 reconnaissent un statut juridique à la population qui participe à la guerre sans appartenir à l’armée régulière, à condition cependant qu’on puisse identifier des chefs, qu’on montre ses armes et qu’on porte un insigne visible.

Encore une fois, ces dispositions ne m’intéressent pas en tant qu’elles mènent à une reconnaissance du droit de résistance – du reste, vous l’avez vu, bien limité : un partisan qui montre ses armes n’est pas un partisan, c’est un partisan inconscient – mais parce qu’elles impliquent une transformation de l’État lui-même, en tant que détenteur du jus belli.

Comme nous l’avons vu et continuons à le voir, l’État, qui, du point de vue strictement juridique, est désormais entré de façon stable dans l’état d’exception, n’abolit pas le jus belli, mais perd, ipso facto, la possibilité de distinguer entre guerre régulière et guerre civile. Nous avons aujourd’hui en face de nous un Etat qui mène une sorte de guerre civile planétaire, qu’il ne peut en aucune façon reconnaître comme telle.

Résistance et guerre civile se trouvent donc classées comme actes de terrorisme, et il ne sera pas inopportun de rappeler ici que la première apparition du terrorisme dans l’après-guerre fut l’œuvre d’un général de l’armée française, Raoul Salan, commandant suprême des forces armées françaises en Algérie, qui avait créé en 1961 l’OAS, qui signifie : Organisation Armée Secrète. Réfléchissez sur la formule « armée secrète » : l’armée régulière devient irrégulière, le soldat se confond avec le terroriste.

Il me semble clair que, face à cet Etat, on ne peut parler d’un « droit de résistance », éventuellement codifiable dans la Constitution, ou qu’on pourrait déduire de celle-ci . Pour deux raisons au moins : la première, c’est qu’on ne peut soumettre à des normes la guerre civile, comme l’État, de son côté, essaie au contraire de le faire à travers une série indéfinie de décrets, qui ont altéré de fond en comble le principe de stabilité de la loi. Nous avons en face de nous un Etat qui mène et essaie de codifier une forme larvée de guerre civile.

La deuxième, qui constitue pour moi une thèse impérative, c’est que, dans les conditions actuelles, la résistance ne peut être une activité séparée : elle ne peut que devenir une forme de vie.

Il y aura véritablement résistance, seulement si et quand chacun saura tirer de cette thèse les conséquences qui le concernent."

Giorgio AGAMBEN

(1) G. Agamben a publié en 2015 une courte étude intitulée La guerre civile.
(2) La loi-escroquerie (« legge-truffa ») de 1953 est une modification de la loi électorale de 1946, introduisant dans la proportionnelle une prime à la majorité (65 % des sièges au parti dépassant 50 % des suffrages). Abrogée en 1954, elle a été réactualisée en 2005 par la loi « Porcellum » (loi « saloperie »).

Source -> https://sinistrainrete.info/articoli-brevi/23294-giorgio-agamben-sul-diritto-di-resistenza