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lundi 15 août 2011

L' "homo interneticus'' restera-t-il "homo sapiens"?

J'ai trouvé cet article dans la "Nouvelle République du 13 août 2011 . Il a été réalisé en collaboration avec "Psychologies Magazine" , numéro de juillet -août en vente actuellement .

Après l'homo erectus , l'homo sapiens ,voici l'homo interneticus !

Le troisième livre de Nicholas Carr, "What the Internet is doing to our brains: the shallows.", s’intéresse aux impacts d’Internet sur le cerveau humain. La première partie de cette analyse a mis en évidence les découvertes récentes des neurosciences sur l’extraordinaire plasticité de notre cerveau.




 L' ''homo interneticus '' sera-t-il différent ?

Le travail sur écran modifie nos structures cérébrales. Difficultés de lecture, problèmes de concentration, d'assimilation. Des spécialistes s'inquiètent...

Nicholas Carr, journaliste et écrivain, a été l'un des premiers à avoir jeté le pavé dans la mare. "En l'espace d'un battement de cil à l'échelle de l'histoire du monde, explique-t-il, nous nous sommes tous assis des heures devant un écran diffusant des images, des sons et des textes mélangés ensemble, sans réaliser la réelle étrangeté de cet outil. Ni l'effort inédit que notre cerveau doit produire en permanence pour réévaluer, réorganiser ce qui lui apparaît à l'écran. » De nombreuses études ont démontré la capacité du cerveau à s'adapter, c'est ce que l'on appelle la « plasticité cérébrale ». C'est donc certain, Internet modifie nos circuits neuronaux. Mais jusqu'à quel point ? « L'écran irradie littéralement notre cerveau, et ce des heures durant, observe Nicholas Carr. Nous sous-estimons le temps que nous passons sur Internet, nous sous-estimons la gymnastique cérébrale que cela demande. Et pour ma part, je suis persuadé que je ne pense pas de la même façon qu'avant..."



 
L'oeil s'affole



Nous avons mis plus de mille ans à apprendre à lire, rappelle le cogniticien Thierry Baccino, professeur de psychologie cognitive et ergonomique. Tout dans la lecture - l'espace entre les mots, la forme des caractères, etc. - a demandé un effort progressif d'adaptation à notre cerveau. Le passage à l'écran semble naturel, mais il n'en est rien. "
Le travail du cerveau consiste à intercepter, mémoriser et traiter les informations qui lui parviennent depuis tous nos capteurs sensoriels. Devant un écran, à l'évidence, c'est l'oeil qui est mis à contribution. Or, il est établi que la connexion oeil-cerveau est peu adaptée à cette façon de lire : le temps de traitement d'une information visuelle est augmenté de plus de 30 % sur un écran !
"En conditions habituelles, lorsqu'il lit, l'oeil humain ne peut distinguer que quatre à six signes à la fois lors d'une '' fixation oculaire '' qui dure environ deux cent cinquante millisecondes, affirme Thierry Baccino. Devant un écran, l'oeil s'affole. Les signes sont beaucoup plus nombreux en termes de formes et de couleurs, ils surgissent, vous captent, sont furtifs et vous demandent une attention accrue."


Et l'esprit critique ?



Quand il envisage la marée d'informations d'Internet, François Taddei a l'oeil qui frise. "Il ne faut pas avoir peur. Notre esprit possède l'immense avantage de disposer de capacités critiques. Il sait trier." Le chercheur estime qu'il faut écarter " les craintes anciennes, qui existaient déjà au XVII e siècle, au moment de la révolution Gutenberg", quand l'on prédisait que la démocratisation des connaissances allait entraîner le déclin de l'Occident : " Si notre cerveau change, alors il change également pour le meilleur, car, avec ses chemins multiples, avec l'infinité des sources disponibles, le web nous entraîne à développer notre esprit critique, notre capacité à développer notre point de vue et à le confronter aux autres." Et de résumer : "En un mot, Internet demande à notre cerveau de développer son adaptabilité. Les données changent, deviennent obsolètes et nécessitent des mises à jour régulières, une mise en doute permanente. Tout le contraire d'un outil qui rendrait idiot !"


Quelle influence ?


"Nous savons déjà que le cerveau n'est pas l'unique siège de la pensée : nous pensons avec notre corps entier", annonce Martial Mermillod, un jeune chercheur. Devant l'écran : "le cerveau dialogue en permanence avec l'ensemble des organes, ce qui produit une animation cérébrale totale, complexe, d'où surgit la pensée". La suite est plus étonnante encore : "Nous avons établi que pour '' intégrer '' une information, nous avons besoin de simuler, avec nos muscles, une expression de peur ou de colère. Se produisent alors des mouvements imperceptibles qui renvoient des signaux au cerveau, probablement déterminants dans nos processus de décision "(théorie de l'embodiment ou incarnation). 
" Le cinéma ou la télévision nous montrent des images de visages en gros plan qui accaparent tout entier notre embodiment, notre corps et notre esprit, explique Martial Mermillod. Mais ce n'est pas le cas du web. Nous restons malgré tout des spectateurs actifs devant Internet, qui est, aussi, moins émotionnellement chargé, précise le chercheur. Il n'y a donc pas de raison que cet outil agisse particulièrement sur nos décisions."



En savoir plus



Internet vient nous bousculer dans nos certitudes. Mettre toutes les observations un peu inquiétantes sur le compte d'une innovation technologique qui modifierait nos réseaux neuronaux est "une explication pratique, car elle nous enlève toute responsabilité sur nos comportements, conclut Michel Hautefeuille, spécialiste des ''cyberaddictions ''. Il y a une facilité à rendre le progrès coupable de maux que l'on ne cerne pas bien : quand le chemin de fer est apparu, certains disaient qu'il allait changer les cellules de notre corps... Aujourd'hui, Internet nous interroge sur de vieilles certitudes concernant le savoir, sa transmission, sa répartition, et, en effet, sur notre capacité de disponibilité au monde ".
Ce qui peut être individuellement très déstabilisant.


D'après Anne Pichon
Psychologies Magazine



Sources
http://www.lanouvellerepublique.fr/TRIBU-NR?sondageNodeID=1486217
http://www.zdnet.fr/blogs/entreprise-2-0/l-homo-interneticus-restera-t-il-l-homo-sapiens-deuxieme-partie-39753224.htm

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